Le Vercors, décor de mon enfance
Notre destination initiale étant le Danemark, nous avons dû la reporter d’une année, au vu d’un problème de santé. Oh, pas grave mais un simple tendon d’Achille peut vous handicaper de longues semaines. Avec les privations du lac, de la moto et du vélo.
C’est ainsi que nous avons raccourci le trajet et la durée, tout en condensant le tout dans le Vercors, berceau de mon enfance. Nous logions à ses pieds mais il nous toisait partout où l’on allait.
Rétrospectivement parlant, nous aurions pu opter pour nos vestes d’été, plus légères et aérées, et économiser un peu de place en laissant nos habits pluie à la maison. Mais si on savait tout ! Car oui, le soleil nous a accompagnés tout au long de notre périple, se prenant encore pour estival. Un ciel bleu durant six jours, que du bonheur.
Plutôt que de se « taper » l’autoroute jusqu’à Genève, route droite, ennuyeuse et souvent encombrée, nous sommes partis de l’autre côté, en passant par Chamonix, via le Col de la Forclaz. Pauvre glacier, quelle tristesse ! St-Gervais, nous ne faisons que passer, tout en admirant ses magnifiques immeubles anciens. Puis Megève, une belle station, et Albertville, emplie de souvenirs olympiques de 1968. Pour la première nuit dans la région grenobloise, Pascal avait dégoté un mini-chalet aux pieds de la chaîne de la Chartreuse. Y’a plus mal pour commencer ! Et c’est ainsi que nous avons retrouvé mon neveu, sa compagne et leurs deux petits garçons, dont un « tout neuf », de l’année. Sur la terrasse d’un restaurant, nous étions à même d’admirer les parapentes atterrissant dans le champ voisin, de même qu’un superbe coucher de soleil.
Le lendemain, à quelques kilomètres de là, nous avions rendez-vous avec une amie d’enfance et son mari pour évoquer le passé, mais aussi le présent. Ils préfèrent la marche à la moto, on le remarque à leur physique et à leur bronzage, ce qui n’est pas notre cas ! De là, nous filons vers St-Marcellin, ville très connue bien sûr pour son fromage éponyme mais aussi pour les noix, dont les arbres bordent la route nationale sur des kilomètres, entre les départements de l’Isère et de la Drôme. Pour continuer en beauté, la montée à Malleval, hameau niché au coeur du Vercors, lieu de souvenirs pour moi. Au bout de son unique rue, ce sont l’auberge, l’église, le cimetière et le camping, mais aussi un petit musée, assez récent, relatant les dommages de la guerre. Nous nous retrouvons avec cinq motards auvergnats pour déguster les produits locaux et passer une nuit plus que tranquille, car le clocher cesse de sonner à 20 heures ! La charmante serveuse nous fait part de son projet de départ imminent pour la Nouvelle-Zélande, toute seule, sac à dos, durant une année, ou deux si l’envie la prend de continuer vers l’Australie.
Le lendemain, une petite traversée du Vercors, via le Col de la Bataille (1’313 m), peu fréquenté, si ce n’est par quelques motards. Un point de vue exceptionnel depuis une plate-forme en caillebotis avec, au sol, des plaques rondes sur lesquelles sont gravées des informations liées au passé. Le vent décoiffe. Le Vercors, ce sont des forêts de hêtres, appelés aussi Fayards, avec des sols couverts de feuilles brunes et de pierres moussues, alternant avec les prairies. Mais aussi, des gorges vertigineuses (celles du Nan, de la Bourne et le cirque de Combe Laval) avec des routes creusées dans les rochers. Après le Vercors, nous descendons sur Die, dans la plaine drômoise. Petite ville de 5000 habitants, avec ses maisons en pierre, ses ruelles étroites et ses boutiques, hélas fermées le lundi, le tout sous un soleil de plomb (30 degrés encore). Ici, commence la culture de la lavande et se fabrique la Clairette éponyme. On y entend déjà l’accent chantant du Sud. Tout autour, des collines la surveille. Nous reviendrons par le Col de Rousset (1’367 m).
Il fait bon revenir dans « mon » Vercors où la température est plus agréable. Un petit arrêt à « La cabane café », lieu hors du commun que j’affectionne particulièrement, en pleine nature. Gilles, l’instigateur et créateur, avait acheté il y a quelques années, un hameau de cinq maisons en pierre, abandonnées de longue date. Son but, les restaurer et en faire des gîtes. Partout ici, l’on se sent bien. C’est lui aussi qui a eu l’idée de la Cabane Café, un petit chalet proposant des produits locaux et bio, véritable régal, tant pour les yeux que pour les papilles. Les alentours regorgent de « vieilleries », de la voiture à l’accessoire de cuisine rouillé ou encore aux sculptures en bois, le tout envahi par dame nature. Mais ce sont aussi des chambres dans les vieilles maisons en pierre faisant face à la cascade de Moulin-Marquis, haute de 400 mètres, hélas à sec cet été. Et au bout de la petite route, les célèbres grottes de Choranche attirent toujours autant de monde. Un coucher de soleil exceptionnel inonde le Vercors. De là, nous rejoignons notre nid, à la Ferme du Clos, située non loin de là, à l’extérieur du hameau de Châtelus
et à quelques petits kilomètres de Pont-en-Royans, célèbre pour ses maisons suspendues et son Musée de l’eau. Cet espace agricole, entremêlé de noyers et d’animaux, se situe en contre-bas de la route. Le silence y règne. De plus, nous sommes les seuls clients. Les fromages de chèvre sont fabriqués sur place, mais les bêtes sont en vacances dans les hauteurs, où l’herbe est plus généreuse cet été.
Deux chiens et deux chats sont les maîtres des lieux, en liberté, heureux.
Autre jour, autre lieu. C’est l’un des trois marchés hebdomadaires de St-Marcellin et le moment de retrouver une copine d’école avec laquelle j’ai gardé le contact par courriel. Puis, ce sont d’autres retrouvailles, d’abord avec une amie, ayant tenu un commerce de « petites culottes » (selon ses dires) durant de longues années. Sous sa tonnelle de kiwis, les rayons sont apaisés et nous nous laissons aller à la rigolade. Et nous enchaînons avec celui qui fut mon prof d’auto-école, et sa charmante femme.
Quel plaisir de les retrouver, toujours aussi souriants. Les petites routes de mon enfance nous amènent ensuite à St-Antoine, une cité médiévale de charme. Hors saison, nous jouissons du calme et de la douceur presque automnale. Sur l’une des terrasses, en haut de la merveilleuse allée pavée protégée par des tilleuls, l’envie nous prend de nous offrir une petite glace, face à l’abbaye. De quoi nous ressourcer et rêver en ces lieux du passé. La sympathique serveuse ne manque pas d’humour.
Bien que gris, le ciel ne laisse rien présager de mauvais ce matin, nous offrant ainsi un peu de fraîcheur bien appréciable. C’est à Valence que nos motos patienteront, en face d’une fontaine, dite monumentale, datant de 1887, oeuvre d’un architecte et d’un sculpteur. Au XIXe, siècle qualifié de « l’hygiénisme », les arbres et les fontaines en milieu urbain furent l’une des préoccupations majeures contribuant à l’agrément mais aussi à l’amélioration de la santé. De magnifiques immeubles anciens nous invitent à découvrir la vieille ville pour échapper aux nuisances de la route traversante. Au centre, sur une esplanade gigantesque, pour l’heure sans-dessus-dessous, le kiosque à musique en bois, avec ses piliers en fonte et son toit en zinc, a vu le jour en 1862.
Mais en 1890, il fut remplacé par celui qu’on a sous les yeux et baptisé du nom de Raymond Peynet, dessinateur des célèbres amoureux, de passage à Valence en 1942. Aujourd’hui, se trouve à l’intérieur, suspendu sous le toit, un coeur doré géant rappelant ses illustrations. Et l’on enchaîne avec la visite suivante, soit deux châteaux d’eau transformés et installés dans un parc de 24 hectares, avec une belle pièce d’eau appréciée par les colverts. Une création à la fois fonctionnelle et artistique que l’on doit au sculpteur Philolaos et datant de 1971.
Au retour, nous arrivons in extremis pour découvrir un lieu culturel baptisé
« L’artsolite » à St-Jean-en-Royans, dans la Drôme. De quoi se ressourcer dans son écrin de verdure et se cultiver avec les oeuvres diverses (peintures et sculptures), dont un espace dédié à l’art japonais. Le soleil se faufile ici et là pour mettre en valeur accueil, boutique et restaurant.
Bien évidemment, toutes les bonnes choses ont une fin, c’est bien connu, expression que l’on doit sans doute à Monsieur Lapalisse ! Nous reviendrons par le « plateau » avec une halte dans la jolie station de Villard-de-Lans, animée tant en hiver qu’en été.
Puis, cerise sur le gâteau, un arrêt « gourmet » à l’ancienne et toujours renommée Chocolaterie Bonnat à Voiron, fondée en 1928, où nous n’avions jamais eu l’occasion de nous arrêter encore. https://www.lafermeduclos.fr
https://tourisme.saintmarcellin-vercors-isere.fr/top-10-incontournables/saint-antoine-labbaye/
https://www.valence.fr/patrimoine-remarquable/kiosque-peynet/
https://www.valence.fr/patrimoine-remarquable/chateaux-deau-parc-jean-perdrix/
https://lartsolite.com/
https://cabanecafe.com/
https://bonnat-chocolatier.com/fr/blog.html