Le Vercors - Rando d'ânes
Entre jardin et montagne


Un week-end dans le Vercors, que du plaisir !

C’est là, puis là, ou encore là, que je retrouve des traces de mon enfance.
Des pique-niques en famille, les livraisons aux épiceries de la région du temps où mon père exerçait le métier de primeur en gros, ses habits de chasseur mais aussi la dernière demeure de mes parents et de mon cher frangin. Tous ces souvenirs et les émotions qui en découlent sont disséminés entre plaine et montagne. 

Piano.jpgDelphine, ma fille de cœur, nous accompagne. Elle connaît déjà la région de par ses origines iséroises et nos vadrouilles précédentes. Pour Christophe, son compagnon, c’est la découverte et l’éblouissement. A commencer par le Jardin des fontaines pétrifiantes, sis en bordure de l’Isère à quelques kilomètres de St-Marcellin. Ici, la nature s’exprime, guidée par de nombreux jardiniers pour sa mise en valeur. Clins d’œil artistiques faisant naître sourires et parfois rires, tels ce piano dans une pièce d’eau ou les bottes du jardinier dans une botte de foin. Une source jaillit du haut d’un rocher pour se faufiler ici et là. C’est ainsi qu’à l’air libre, elle libère le calcaire dissous, donnant naissance à des pierres poreuses recouvertes de mousse. L’eau et la végétation se marient amoureusement. Le temps semble s’être arrêté. Nous n’avons d’yeux que pour dame nature, chassant ainsi le quotidien scandé par la montre. 

Le Vercors maintenant, malgré ses terribles souvenirs de guerre enfouis, nous offre des paysages somptueux. Je ne m’en lasse pas, car ils sont aussi changeants que la météo. Un ciel bleu estival, avec parfois quelques touches de blanc, nuages plumeux, pour mettre en évidence les montagnes. Arrêt obligatoire à Pont-en-Royans pour admirer ses célèbres maisons suspendues. La petite ville se situe déjà dans la Drôme, séparée de l’Isère de quelques kilomètres. La rivière coulant à ses pieds, c’est la Bourne. Quelques personnes se baignent dans ses eaux claires et des jeunes s’entraînent à la grimpe à même les façades des vieilles maisons. Nous suivons le cours de l’eau tandis qu’il se fraie un chemin à travers les gorges exceptionnelles. En été, fraîcheur assurée. 
La route serpente autour des rochers tortueux creusés dans la montagne. Le croisement des véhicules est parfois difficile. 
C’est à Villard-de-Lans, jolie station située à 1'143 mètres d’altitude, attrayante en hiver comme en été, que nous poserons nos bagages. Plus exactement à quelques petits kilomètres de là, où Nathalie nous attend, en compagnie de Sylvie, son assistante. Ce n’est pas notre première expérience « anesque ». Les lieux et la randonnée sont tellement magiques que nous avons envie de les faire découvrir. Nathalie, c’est Barroud’ânes. Dans le champ, ce ne sont pas moins de dix-sept bêtes qui se régalent de l’herbe bien arrosée depuis le printemps. Ses ânes, elle les aime et ne les confie pas, ou plus, à n'importe qui, au vu de certaines expériences de maltraitance. Des paires de longues oreilles s’orientent, des queues se balancent et des yeux nous observent, comme pour voir à qui ils ont affaire. Ils sont tous beaux, avec leurs robes différentes, tant en couleurs qu’en dessins, mais elle en a choisi deux pour nous : Pierrot et Marjolaine, des amoureux, avec la croix de St-André sur la colonne vertébrale. Notre ânesse s’est quelque peu maquillée. Un trait tillé souligne ses yeux. Le moment est venu de faire connaissance avec eux, de les laisser nous renifler et de leur offrir nos caresses. Cette nuit, nous dormirons sous le tipi, à leurs côtés, sans avoir envisagé une seconde qu’il puisse y faire aussi froid ! Un cabanon sans eau courante tient lieu de salle d’eau. Juste des toilettes sèches et un petit lavabo avec un broc pour verser l’eau provenant d’un estagnon. Il faut donc être deux  D’un commun accord, Delphine et moi avions préparé un pique-nique et c’est au soleil couchant que nous le partagerons amicalement. Au vu de la « peur de manquer », nous en aurons pour trois repas et un petit-déjeuner … le tout savouré dans la nature. 

Deux_Anes.jpgOn ne part pas comme ça avec des ânes, que croyez-vous ! Avec Nathalie, il faut compter deux heures d’informations, de conseils, de mises en garde et de démonstrations. Avant de charger, il s’agit d’installer le bât. Puis, à l’aide du peson, s’assurer que le poids des sacoches est identique de chaque côté, soit au maximum trente kilos au total. Et enfin, gicler un mélange d’huiles essentielles sur leur museau et leurs pattes pour éloigner les insectes. Pour ce qui est de notre travail, il nous incombera de les brosser et de leur curer les sabots soir et matin. Il va de soi que les caresses et mots doux (parfois pour les faire avancer) ne seront pas comptés … 
Quant à la lecture de carte, Pascal, spécialiste en la matière, se portera volontaire sans hésiter pour nous guider sur le droit chemin. Enfin, façon de parler. Tantôt en plaine sous un soleil de plomb, tantôt à travers les forêts de hêtres rafraîchissantes, les chemins passent du plat au dénivelé, du goudron à la terre battue, du revêtement lisse au caillouteux.  

Au moment de notre pause-repas, nous libérerons nos amis de leur chargement afin qu’ils puissent brouter, se rouler dans la terre et faire leur sieste, eux aussi. Si l’herbe est leur nourriture de base, ils sont friands de fleurs, d’arbustes et de chardons. En revanche, le pain, les pommes, les légumes, la luzerne … leur sont vivement interdits, car très dangereux pour leur santé. 

Nous passerons la deuxième nuit au gîte des Prés verts, qui nous convient parfaitement. Situé en pleine campagne, il s’agit là d’une ancienne ferme restaurée. Une dame âgée de 80 ans nous y accueille de la meilleure des façons. Tandis que les hommes se chargent de nos compagnons à quatre pattes, qui passeront la nuit dans un champ dédié, nous nous occupons des bagages. Après cette journée bien remplie en kilomètres (une dizaine), souvent sous un soleil de plomb, nous allons apprécier les bienfaits de la détente en piscine et les mets préparés et servis par notre hôtesse. C’est ainsi qu’une belle nuit nous attend, avec le confort d’une salle de bains et la chaleur du duvet. 

En route pour la deuxième journée, plus courte que la précédente mais tout aussi agréable. Nous traverserons quelques forêts magiques, à l’abri du dieu soleil, et, pour écourter un peu, opterons pour une petite route déserte, à découvert. Des parapentes teintent le ciel de couleurs vives. Une chaîne de montagnes, portant le nom de « Plateau des Ramées », pointe son nez, toute plate et blanche comme neige, dont elle est dépourvue. Le Vercors nous enveloppe, mélange de pâturages et de forêts, une agréable sensation.
Vercors.jpgMais tout a une fin. Après avoir remercié, caressé et tapoté l’arrière train de Marjolaine et Pierrot, il est temps de songer au retour. Ce long week-end fut des plus réussis, entremêlé d’amitié, de nature, d’ânes charmants et de détente. Voilà une belle échappée mémorable.
Betty
Juillet 2024