Le téléphone pleure …


Chantait Claude François en 1974. Cinquante ans déjà !

A cette époque, tout le monde ne détenait pas un téléphone fixe en raison de son  prix élevé. Il fallait en avoir la nécessité. Lorsqu’enfin, on obtenait une ligne, c’était la fête à la maison. Mais les parents en avaient l’exclusivité !
Quand la sonnerie retentissait, c’était à qui arrivait le premier pour décrocher. Et les parents se réservaient la priorité bien évidemment. Avant d’avoir en main l’écouteur, on ne pouvait évidemment pas savoir de qui il s’agissait. Logique. A moins d’être en attente d’une nouvelle d’un membre de la famille, d’un ami ou d’un professionnel. Et si, par malheur, on arrivait trop tard, questions et suppositions fusaient, occasionnant un moment désagréable. Rappellerait-il ? elle ? ils ou elles ? On imaginait bien que, s’il s’était agi d’un évènement important ou d’une urgence, il allait sonner à nouveau. Dans le cas contraire, doutes et interrogations subsistaient, animant ainsi les discussions, qui mettaient fin à celles en cours. L’appareil avait en ce temps-là une utilité de second rang. La communication directe primait. On convenait de se voir à un endroit précis ou de s’inviter. Difficile d’annuler, de reporter ou d’annoncer un retard.
Depuis quelques années, le portable a révolutionné notre façon de vivre. Sortir sans lui, il n’en est pas question. Et s’il arrivait quelque chose ?
Si je pensais soudain à rappeler quelqu’un, ou l’inverse ?
Si, si, si … Que de bonnes raisons pour l’emmener avec soi, d’autant que le coût des conversations est devenu dérisoire, voire gratuit avec WhatsApp ! Aujourd’hui, à la première sonnerie, on se précipite pour le sortir de sa cachette. Je me demande toujours pourquoi, car il suffit de regarder l’écran pour voir apparaître le nom de l’interlocuteur, s’il nous est connu, et le rappeler au moment opportun. Ainsi, cet appareil, très utile, et même devenu indispensable, interrompt bon nombre de fois des conversations. Comme il est désagréable de constater alors que cet objet passe avant nous !
Dans les « trente glorieuses », le téléphone représentait avant tout un stress de par sa sonnerie tonitruante. Quoi de plus simple maintenant que de la choisir douce et agréable et d’en diminuer l’intensité. Mais la patience n’est pas toujours la qualité première du nouveau millénaire et il est regrettable de constater que l’appareil passe souvent avant l’humain.

Aujourd’hui, c’est moi qui pleure en constatant que cet ustensile a pris le dessus sur les conversations et les rencontres. Quel dommage !

Betty Morel
décembre 2024