Roulez, roulez, jeunesse
Quand vint l’âge de prendre des leçons avec un moniteur - un copain de chasse de papa - je rêvais d’une petite voiture colorée, rien qu’à moi. Un certain nombre de leçons s’imposaient avant de tâter le permis. Nous vivions à l’ère de la voiture, à l’époque de l’émancipation féminine. Mes parents conduisaient tous les deux et mon frère n’en était pas à son premier véhicule. Finalement, armée d’un désir fou, je réussis l’examen du premier coup. Etait-ce dû à mon envie de m’échapper, à celle de posséder le papier, ou encore à ma petite robe verte bouclée (1968, période des mini-jupes …). La Peugeot 404 commerciale de papa, un véhicule plus long que la normale, me permit de m’entraîner aux créneaux. Il m’assurait de sa confiance, que je respectais. Quant à mon frère, conducteur émérite, il m’entourait de ses bons conseils, fier de sa frangine. C’était l’époque, qui a perduré, où une voiture, ça vous posait là ! Titillée par le souhait de posséder mon propre véhicule, je tombais sur une petite annonce. Papa ne connaissait pas davantage la mécanique que moi, mais je réussis à l’entraîner avec une certaine insistance. « Quand t’as une idée en tête, tu ne l’as pas ailleurs ! » m’entendais-je dire. Malgré la grimace de papa au vu dudit véhicule, l’affaire fut conclu. Peu importait son état, ses kilomètres, son usure, je me voilais la face pour atteindre mon objectif, l’indépendance. Et puis, pour débuter, nul besoin du dernier cri ni d’un véhicule éblouissant. Il n’était pas destiné à la drague mais à parfaire mon expérience. Au lieu de coloré, celui-ci était blanc,
un peu terni d’ailleurs, et son levier de vitesses (trois seulement) sortait du tableau de bord. Succédant à la 2CV Citroën, alias la Deuche, qui avait fait la gloire des quarante années précédentes, la Renault 4, ou 4L, innovait avec sa forme carrée et son hayon. Pas de ceinture de sécurité à cette époque, elle en était à ses premiers balbutiements. Ni d’autoradio, le doux gazouillis du moteur le remplaçait ! Sa durée de vie s’étala sur une petite trentaine d’années. C’est dire si l’une et l’autre ont marqué les mémoires.
Quatre ans plus tard, je découvris la moto et, bien que passagère, la passion surgit instantanément. Certes, elle avait un désavantage, les intempéries (pluie, froid, neige, route glissante). Le casque n’était pas encore obligatoire, mais vivement recommandé pour de longs trajets. Quel plaisir, tout en évitant les grands axes et les encombrements, de s’en mettre plein les mirettes et de humer les parfums délicats de la nature. De dépasser ou de changer de direction quand bon nous semblait. Quant au langage parlé, il se traduisait par des gestes. Certes, la conversation s’avérait restreinte mais, s’agissant de l’essentiel, nous nous comprenions par signes, notamment pour annoncer la pause-café, l’arrêt-pipi ou une visite. Discussion indirecte, et drôle aussi. Je découvrais alors l’état d’esprit du deux-roues, celui de la copinerie, de l’évasion et de la … liberté ! Une passion était née.

avril 2025