Au coeur de la France
Deux magnifiques semaines de vacances, cette fois au centre de la France.
Paysages, villages, volcans, musées, maisons d’hôtes, petites routes, rencontres.
Jeudi 5 septembre 290 kms
Septembre généralement s’avère doux, voire un peu imprégné d’été. Tel ne fut pas le cas cette fois. C’est avec la pluie que nous avons pris la route, nous transformant en véritables astronautes avec la teinte fluo pour être bien vus. Sur l’autoroute jusqu’à Genève, on parle de déluge mais aussi de bouchons. En deux roues, on se permet de se faufiler dans la partie centrale, très attentifs à la réaction des automobilistes. La plupart, l’oeil dans le rétro, se serrent à droite ou à gauche pour nous faire place. Un petit signe de la main pour les remercier. Destination Le Grand Bornand, en Haute-Savoie, pour commencer. Pascal s’active pour vérifier, remettre en place ou changer ce qui a lieu d’être sur la Vache sacrée, installée en ces lieux depuis … ans. Le temps de son intervention, le soleil a fait sa réapparition, laissant apparaître le beau ciel bleu que nous aimons tant. En montant le petit col de Sapenay, la route est à nous. Personne. Une petite pause pour nous désaltérer en haut, dans un petit café très rustique d’où la vue sur le lac du Bourget est imprenable. L’homme des lieux a l’air aussi vieux que les murs. Puis le petit col de Fosse traversant la forêt avant d’arriver au village de Marchamp (Ain). où se situe la maison d’hôtes « Goûte la vie ». Pascal n’a pas vu le panneau et continue jusqu’au camping. Le propriétaire des deux s’avance vers nous après avoir dépanné le camping-car de l’une des campeuses. Nous mettons pied à terre sur le gazon mais, à peine Pascal a t’il demandé si « ça tenait » que sa moto s’effondre ! Très lourde évidemment avec les bagages. Sans cris ni affolement, l’homme et moi-même l’aidons à la relever. Quelques égratignures sur la sacoche, rien de grave. Suivant ses instructions, nous rejoignons la cour dont le sol est dur cette fois pour installer nos deux-roues à l’intérieur de ce qui fut une grange, métamorphosée en brocante. Gregory, on ne peut plus souriant, prend ses quartiers de cuisinier pour nous concocter un repas en toute simplicité nous convenant parfaitement. Une vieille chatte nous tiendra compagnie sur le banc sans pour autant quémander. La nuit sera des plus tranquille et confortable.
Vendredi 6 septembre 285 kms
Le beau temps nous souhaite la bienvenue bien que le thermomètre soit encore assez bas. Les hirondelles survolent nos têtes en un joli ballet, mais suffisamment haut pour nous rassurer quant à la météo. Le camping est fort bien aménagé et soigné. Dans l’écurie, des sanitaires de qualité mais aussi des jeux (ping-pong, flipper et jeux de table), de quoi distraire les campeurs en cas de mauvais temps. Le petit-déjeuner nous attend, toujours en compagnie de la chatte quémandant cette fois des caresses.
Même si les lieux et l’accueil nous conviennent, il s’agit de reprendre la route. Cette fois, la chaleur sévit. On ne s’en plaint pas. Un petit passage à La Tour-du-Pin puis un arrêt chez mon oncle près de La Côte St-André, où le ciel commence à se brouiller. Après avoir traversé la Haute-Loire, le Puy-de-Dôme nous accueille avec ses belles routes sinueuses et ses forêts, le tout très peu fréquenté. Quel contraste avec l’autoroute ! Ce soir, c’est à Bertignat, hameau tranquille, loin de tout, que nous poserons motos et valises, dans une magnifique maison en pierre. Ici, c’est l’hôtesse qui nous accueille. Son mari, lui, nous a réservé un peu de place dans son garage où il est fier de nous montrer ses deux voitures anciennes. Nous partageons la table avec trois autres couples se connaissant déjà, drôles et très sympathiques, cyclistes et marcheurs. Au menu, une spécialité auvergnate, la truffade, un plat qui tient bien au ventre ! Nous dormirons sous le toit avec les fenêtres au ras du sol, sans le moindre bruit.
Samedi 7 septembre
Le soleil s’accompagne d’un grand vent. C’est en compagnie de deux couples cette fois que nous prendrons le petit-déjeuner, le troisième restant dans le chalet de location. L’un des hommes, féru d’écologie, est incollable également sur le jardinage. La maison voisine, tout de pierres vêtue, est en pleine réfection. Sous un ciel dégagé, nous entamons notre journée, qui sera vite recouverte de nuages menaçants. Billom, petite ville située au coeur de la Toscane auvergnate, ne vit plus à l’heure de la haute saison. Même les artistes ont pris congé. Dommage. Les rues désertes et les boutiques fermées ne nous incitent pas à traîner davantage.
Monpeyroux, classé comme l’un des plus beaux villages de France, est plus animé. Quelques artistes, à commencer par une charmante dame peintre installée dans un bel espace. Puis une boutique où là aussi nous sommes fort bien accueillis. Un chat couleur caramel boit assidument dans une flaque d’eau. Une fois de plus, nous avons loupé l’heure des services de restaurants. Il est déjà 14h30 mais nos estomacs ne l’avaient pas remarqué. Une charmante personne nous conseille de pousser jusqu’à Issoire. La vieille ville vaut le détour effectivement. L’orage se déversant, nous prenons place sur une terrasse couverte de parasols avec des produits achetés à la boulangerie. Le temps de traverser la place pour aller fouiner dans une librairie-papeterie et je suis bien mouillée. Le détenteur des lieux est lui aussi très sympathique. J’y trouve une réserve de belles cartes.
Le gros de l’orage passé, nous reprenons nos montures pour rejoindre la maison d’hôtes, que nous avons avisée de notre retard. Les routes sont trempées, témoignant de l’importance de l’orage. Pour gagner un peu de temps, nous prenons l’option autoroute sur quelques kilomètres qui, malheureusement, sont obstrués par un accident spectaculaire. Une voiture a été coincée entre un camion et la balustrade métallique. Gros bouchon. Nous nous faufilons entre les deux files. Sur la petite route, plus tranquille, le sol est moins mouillé, donc moins glissant. Nous traversons de magnifiques forêts et arrivons à Mazayes, petit village, à 18h30. Jolie chambre sous le toit avec lavabo et baignoire dans la chambre et des lucarnes. Le propriétaire a pris soin de sortir sa voiture du garage à l’attention de nos motos. Reste cependant une Renault 4L, ma première voiture !
Le repas étant servi à 19 heures, il ne s’agit pas de traîner et encore moins de prendre un bain ! Nous voilà en compagnie de deux couples très sympathiques. L’un d’eux, lyonnais, pratiquent depuis vingt ans danses de salon et rock’n Roll. Quant aux autres, demeurant à Lans-en-Vercors, la femme parle de sa grand-mère italienne de Bergamo. Comme la mienne !!!! Le repas est vraiment délicieux mais un peu trop lourd pour le soir mais l’ambiance y est très décontractée et drôle. Contrairement à la veille, là c’est l’homme des lieux qui nous accueille, a fait la cuisine et nous sert. Passionné par Tintin, nous retrouvons pas mal d’objets de collection.
Dimanche 8 septembre
Le ciel a enfilé sa robe bleue mais le thermomètre n’a pas réagi. Tandis que je m’assois malencontreusement sur le lit, je m’en relève aussitôt, comme piqué par quelque insecte. Les lunettes de Pascal se trouvaient au mauvais endroit ! Hélas, elles n’ont pas aimé, une branche est cassée. Elles tiendront par miracle grâce à la deuxième branche et nous pourrons continuer notre périple motard.
Information transmise par l’un des couples d’hier, nous commençons par la visite d’un Moulin à papier, à la fois musée et fonctionnel, près d’Ambert. Le guide, féru d’histoire, nous maintient accroché à ce récit d’hier et d’aujourd’hui. Au sous-sol, un apprenti travaille à l’ancienne, pieds et mains dans l’eau. L’humidité et le bruit sont de rigueur. A l’étage du dessus, une bouquetière colle des fleurs fraîches sur des feuilles de parchemin. Douceur et fraîcheur. La visite se termine au magasin présentant de jolis textes sur parchemins fleuris, marque-pages, etc. C’est ensuite dans la région des volcans que nous partons à la recherche du Musée de motos, à Riom. Situé à l’extérieur de la ville, dans une zone commerciale, aucun panneau ne le signale. Heureusement, un motard a vite aperçu nos ?? et nous y guide. Le premier dimanche de chaque mois, une vente de motos (des années 60-70) et de pièces à l’extérieur. Aujourd’hui, une voiture amphibie et quelques vélomoteurs refaits à neuf. Un très grand café restaurant attire le monde de par sa décoration, la musique des années soixante (rock) et la qualité des plats proposés. De quoi passer là un bon moment entre motards, en tenue ou pas. L’après-midi, nous nous introduisons dans le Musée Baster, connu de longue date mais que nous allons découvrir pour la première fois. Des motos et side-cars de 1905 à 1985, serrés comme des sardines, parfois à l’étage. Ce sont là quelque 400 véhicules sur une surface de 2000 m2, de quoi nous ramener à nos années de collectionneurs. Par chance, nous pouvons rencontrer (enfin) Monsieur Baster, propriétaire, qui nous fait partager sa passion et nous offre la découverte de deux autres halles, encore secrètes. Ayant connu son oncle dans les années nonante, il le fait venir et c’est un plaisir de le revoir. Agé maintenant de 97 ans, on apprend qu’il a roulé encore jusqu’à l’âge de 95 ans ! De quoi nous laisser de l’espoir. Ce fut là une après-midi riche en souvenirs, découvertes et rencontres, comme on aime.
C’est à La Bourboule que nous allons passer la nuit. La maison d’hôtes portant le doux nom de « Balad’où » se situe un peu en hauteur, en-dessus de la Dordogne qui prend sa source au Mont D’Ore. Agnès et Pascal nous y accueillent après avoir fait de la place dans leur garage à l’attention de nos motos. Notre hôtesse se plie en quatre pour nous offrir confort, informations et partage. Au vu du temps annoncé pour le lendemain, nous décidons tout de suite d’y rester une nuit supplémentaire. Autrefois grande station thermale, La Bourboule s’est éteinte dans les années cinquante. Il existait alors cent trente-cinq hôtels, il n’en demeure plus que … cinq ! Et bon nombre de maisons et d’immeubles anciens sont abandonnés et délabrés. Aux dires de notre hôtesse, les curistes argentés ont cessé d’y venir à partir du moment où l’état a décidé de payer les cures à tout un chacun. Tristesse. Du centre, nous ne sommes qu’à cinq cents mètres, ce qui nous permet de faire un peu d’exercice et ainsi de dénicher le restaurant qui nous conviendra, « Le Galapagos ». Là, je vais goûter au chou farci, l’un des plats régionaux, véritable délice, mais quelque peu trop gros pour mon estomac. L’Auvergne étant une région rude, de par son climat et ses grands espaces, la cuisine y est assez lourde mais l’accueil des plus remarquables partout.
Lundi 9 septembre 135 kms
Agnès nous concocte un petit-déjeuner « maison » des plus soignés, que nous apprécions en sa compagnie et celle de Largo, son chien, très câlin. Elle y ajoutera des informations sur les lieux à visiter, restaurants et même routes.
Pascal, médecin, est parti pour Clermont-Ferrand la veille au soir et nous ne le reverrons pas. D’ici trois semaines, il sera à la retraite et le couple envisage dès lors de voyager avec leur « camion », ou bus aménagé telle une caravane. Ciel sombre et menace de pluie, comme annoncé. Nous partons, à pied et munis de nos cirés, à la découverte de La Bourboule. Liant l’utile à l’agréable, j’y trouverai une très jolie veste polaire que j’apprécierai, au vu de la position inhabituelle du thermomètre. Puis, ce sera jour de lessive pour gagner un peu de place dans les bagages et être pourvus jusqu’à la fin, ou presque. La poste se trouvant à proximité, ce sont des timbres que je pourrai coller sur mes premières cartes postales. L’établissement des Thermes est malheureusement fermé pour réfection. Dommage, un petit bain eut été appréciable. Nous compenserons par la visite de la Maison Rozier, centenaire. Autrefois salon de thé et pâtisserie-confiserie, elle est devenue la Maison des fromages. Un guide passionné nous emmène dans le passé de ces lieux dont la devanture comme l’intérieur ont été conservés. Depuis 2001, elle est ainsi inscrite à l’inventaire des monuments historiques. Nous pique-niquerons dans l’espace réservé aux petits-déjeuners, seuls, avant de voir arriver de nouveaux arrivants, un couple en provenance de Dunkerque, à qui nous laissons notre chambre au rez-de-chaussée pour gagner le premier. Monsieur s’enquiert avec désolation du fonctionnement de la télévision, ne voulant pas manquer le match de foot jusqu’à ce que Pascal l’informe qu’il l’a tout simplement débranchée ! Rires.
Mardi 10 septembre
Cette fois, nous partagerons le petit-déjeuner avec le couple du Nord et Agnès. Le ciel s’est découvert mais l’atmosphère ne s’est pas réchauffée. Nous quittons notre hôtesse à 11 heures. Notre premier arrêt sera au Mont-Dore, très jolie station avec ses maisons en pierre, située à 897 m d’altitude et composée de 1’237 habitants. La rue principale regorge de boutiques de toutes sortes, dont certaines ferment le mardi (notamment le chocolatier hélas), de magasins alimentaires et de restaurants.
« Chez Nono », une belle épicerie, un écriteau évoque joliment le respect : « Bonjour, voua allez rentrer dans un magasin où l’on utilise de vieilles expressions françaises comme - Bonjour, Bonsoir, Merci, Au revoir - dans le but de perpétuer une tradition de courtoisie et de respect mutuel. Alors, ne soyez pas surpris ! A bientôt chez Nono ;.-).
Et dans les toilettes du café d’en face, un panneau m’interpelle encore « Si vous êtes au bout du rouleau, avertissez le barman, il viendra le changer ! ».
L’établissement thermal trône sur la place principale et, plus loin, un kiosque abrite une boîte à livres installée dans une ancienne chaise à porteurs. utilisée jusqu’en 1947. J’entends d’ici Pascal « Enfin un col ! » lorsque nous grimpons jusqu’au sommet du Col de la Croix St-Robert, situé à 1451 mètres, le plus haut du Massif du Sancy. Les touristes s’y font rares. Malgré le vent fort et glacial, nous empruntons, à pied, un petit chemin bordé de champs herbeux avec, au loin, les volcans. Rares sont les troupeaux de vaches ou de moutons dans la région. Une roulotte semble être le logement du berger. Le revêtement d’un volcan, à portée d’yeux, est comme du velours. En redescendant, nous ne pouvons que nous arrêter devant l’adorable lac de Chambon, lac de barrage volcanique, tout tranquille, qu’un paddleur et quelques colverts apprécient. Autorisé à la baignade, il s’avère très peu profond. Plus loin, c’est au Rocher de l’Aigle, à 1192 m d’altitude, que nous ferons une courte halte pour nous imprégner du paysage à ses pieds, en compagnie de deux cyclistes venant des Charentes. Sur les conseils de notre hôtesse de La Bourboule, nous décidons de faire halte pour la nuit dans le très joli village de Besse-et-St-Anastaise (1’461 ha), d’autant que la pluie menace. En face de l’église, un magasin d’optique attire notre attention, l’une des branches des lunettes de Pascal étant cassée. J’ai eu la malencontreuse idée de m’y asseoir dessus ! L’homme, occupé avec un client, lui demande de patienter pour s’occuper de nous. A notre grand étonnement, il ne lui faudra que cinq minutes pour ressouder ladite branche. Quelle gentillesse et quel savoir-faire. Le tout pour la modique somme de… cinq Euros !
Tout de vieilles pierres vêtu, avec ses rues pavées, nous sommes séduits par Besse et rangeons nos motos dans l’impasse voisine de la maison d’hôtes. Cette dernière se nomme AAISA (destinée en grec). Pascal (un autre) nous y accueille de façon exceptionnelle et nous avise que la porte d’entrée n’est jamais fermée.
Il fut motard autrefois, détenteur d’une Moto Guzzi également. Au vu de la pluie annoncée pour le lendemain, nous réservons directement la deuxième nuit. Dans la chambre spacieuse, une cheminée en marbre, plus fonctionnelle. Nous partons à la découverte du village. Nombreuses sont les boutiques, toutes de qualité. Dans l’une d’entre elles, différents produits, de toutes sortes et de belle facture. Les artisans se relaient pour la tenir, ce qui implique une discipline rigoureuse au moyen du cahier idoine. C’est au restaurant « La tanière des loups » que nous prendrons place. Là encore, un bel accueil, un plat léger et, en dessert, un carpaccio de fraises exceptionnel. Lorsque nous rentrons, le ciel s’est éclairci et une demi-lune nous sourit. Besse porte le titre de « petite cité de caractère », à raison.
Mercredi 11 septembre
La pluie s’est écrasée toute la nuit sur le village et apparemment il y en aura encore toute la journée. Pour adoucir la fraîcheur et l’humidité, nous commençons par un excellent petit-déjeuner, chaleureusement préparé et servi par Pascal, le maître de maison. Au programme, yaourts, cake à la banane, confitures … le tout maison. Nous partageons ce bon moment avec un couple sympathique venant de l’Oise. Après avoir emprunté un grand parapluie, indispensable, nous arpentons les jolies ruelles assez rapidement. Le vent sévit.
La plupart des établissements publics sont fermés et nous retournons, avec le même plaisir, chez les loups, où l’accueil est toujours chaleureux et les mets à l’identique.
Jeudi 12 septembre
Un nouveau petit-déjeuner avec des variantes. Cette fois, nous échangerons avec une charmante dame marcheuse et voyageant seule. Travaillant pour …, elle s’occupe des prisonniers et nous en parle avec une grande affection. La discussion est très intéressante.
Pascal reste à nos côtés lors du chargement des motos. Par mégarde, en refermant l’une de ses sacoches, Pascal (le mien) pousse pour y arriver et vlan, la Guzzi s’étale. A trois, nous arrivons à la remettre sur roues sans problème. A part des égratignures, tout va bien.
Nous partons en direction de la station de ski de Besse, dont le paysage est un peu désolant en dehors de la saison. Il ne fait que 6° mais il fait beau.
Pour nous réchauffer, nous nous arrêterons plus loin, à Rioms-en-Montagne. Les restaurants sont pleins. Heureusement, une excellente boulangerie à l’ancienne propose de délicieuses viennoiseries et nous pouvons boire de quoi nous réchauffer, grâce à la vendeuse, que nous avions pris pour la patronne étant donné son accueil. Trois motards bretons s’arrêtent sur la place, à côté de nos motos, dont l’un avec la même Guzzi que Jean-Michel, un autre avec une Enfield 400 terrain et le troisième une Honda terrain aussi. Nous échangeons quelques mots. Deux autres, anglais, ne feront que passer avec le salut au passage. Tout le monde est congelé, car le vent est glacé. En traversant un très joli parc, nous croisons un couple avec leur fille, qui nous indiquent des lieux à visiter alentour. L’homme, s’aidant de deux cannes, se réfèrent chaque fois aux bons restaurants ! Un moment sympathique et drôle.
Nous voilà maintenant sur une jolie petite route de campagne déserte conduisant au Musée du Cuir et de la tannerie. Le guide ne pouvant nous accompagner, nous confie un audio. Auprès de chacune des machines, des panneaux explicatifs, le tout dans l’ancienne usine immense. De mon côté, j’interromps cette visite pour découvrir le petit Musée de l’Ecole attenant. Tout y est, y compris l’odeur de vieux et tous les détails me renvoyant à ma jeunesse.
Borg-les-Orgues sera notre prochaine étape. Après avoir traversé la forêt, nous arrivons devant un panorama : toute la vallée. est à nos pieds. Les roches sont à l’origine du nom, car rappelant les orgues de par leur forme. Un charmant monsieur dans un petit chalet propose crêpes ou petites quiches avec boissons mais aussi articles souvenirs. Nous pouvons nous sustenter avec une vue exceptionnelle sous les yeux. Nous roulons maintenant sur une minuscule route dans la forêt, le long d’un cours d’eau. Pas moyen de croiser. Heureusement, nous ne rencontrerons que deux voitures. De jolis murets, couverts de mousse, cette dernière que nous trouvons parfois au milieu de la route, tellement peu fréquentée et souvent recouvertes par des arbres. Moment idyllique avec les rayons du soleil qui transperce la végétation. Mais tout a une fin et nous allons nous retrouver sur une route un peu plus large et surtout plus fréquentée bien que toujours en campagne. Nous apercevons les célèbres vaches de Salers un peu partout, mais aussi quelques ânes et un seul troupeau de moutons. Finalement, nous atteignons Salers mais à peine avons-nous commencé notre visite qu’un orage éclate donnant lieu à une grosse pluie. Nous pourrons nous abriter devant les toilettes publiques, sur le parking, tout en papotant avec un autre motard. Dans une jolie boulangerie, nous pourrons nous sustenter avec de délicieuses viennoiseries, servies par une adorable demoiselle. En haut de la rue, un magnifique magasin de chocolats est en train de fermer, de quoi nous faire saliver. Nous continuerons notre route, sans pluie, jusqu’à la maison d’hôtes de St-Chamand, baptisée « Demeure de Cyr ». Magnifique maison de maître avec son jardin tout en longueur, ses arbres fruitiers et le garage que le maître de maison, des plus accueillants, met à la disposition de nos motos. Une chambre sous le toit nous attend, mansardée, avec deux petites fenêtres basses, le lavabo installé sur le pied d’une ancienne machine à coudre et une très grande douche dite à l’italienne. C’est encore lui qui cuisine. Sa femme, travaillant à l’extérieur, élève des chats persans dont elle fait commerce. Elle en a onze actuellement. Nous partagerons la table avec un couple de danois. Petite leçon d’anglais au passage. Retraité, l’homme nous avoue avoir été pilote de ligne. Deux autres couples sont installés à une autre table, un peu plus loin. Belle ambiance de par la décoration et un repas délicieux bien qu’un peu lourd avec une spécialité, la truffade. Le petit chien de la maison, imitation de caniche, de couleur beige, porte le nom de Glue, baptisé ainsi au vu de son insistance aux caresses. Plusieurs chats circulent entre nos jambes, de couleurs différentes, à longs poils et avec le nez écrasé, comme le veut la race.
Vendredi 13 septembre 135 kms
Un joli petit-déjeuner nous attend avec le pain, tout comme les confitures, « maison ». Le ciel quelque peu nuageux va finalement se brouiller au fil des heures, accompagné d’un grand vent. Pascal ignorant parfois les panneaux de campagne, la jolie petite route s’avère brusquement couverte de gravillons et de boue. La compensation suivra lors de la traversée d’une belle forêt. Dans le hameau de Fontanges, une statue de la Vierge a été érigée à quatre mètres de haut, sur le rocher dans lequel fut creusée la chapelle. Pour y accéder et jouir de la vue environnante sur forêts et pâturages, 74 marches sont nécessaires.
Un gypaète décolle du sol, juste devant Pascal, belle image de cet oiseau aux teintes orangées. Puis, c’est à Salers que nous mettrons pied à terre, afin de découvrir celui qui porte le label « l’un des plus beaux villages de France », situé en région agricole. Connu pour ses vaches et son fromage éponyme. Ses maisons sombres en pierre de lave témoignent de leur environnement volcanique. Les petits commerces sont nombreux et de belle facture. Dans l’un d’eux, des parapluies de fabrication française, de même que des ombrelles. Leur prix attestent de la qualité. Dans le joli parc orné de tilleuls et surplombant un paysage verdoyant, un panneau nous fait sourire :
« Il n’y a pas de mauvais temps, il n’y a que des gens mal équipés. »
Quatre taureaux de race Salers, d’un brun foncé, paissent sans se soucier des touristes qui les immortalisent. Les nuages se déplacent de plus en plus vite. Faut-il s’en méfier ? Un thé dans un café d’autrefois, tenu par une dame du même âge, propose un coin presse. Une chocolaterie, où nous aurons la chance de mettre un pied juste avant la fermeture, nous offre ses parfums et couleurs.
Betty, octobre 2024