Au pays du Fairplay
Septembre reste toujours notre mois préféré pour l'évasion. Certes, la météo n'est pas forcément la plus sûre, mais cette fois, nous pouvons nous estimer heureux avec quelques deux tiers de beau temps. Je veux dire sans pluie !
Le soleil nous accompagne. Vallorbe, la frontière sans le moindre contrôle ni même le képi d'un douanier. Bref arrêt à Louhans situé dans la plaine de Bresse, offrant un patrimoine gastronomique et architectural, ainsi qu'une rue centrale bordée de 157 arcades moyenâgeuses (Saône-et-Loire). Un grand vent, très chaud, secoue violemment les arbres, et nous avec. Nous ne faisons que traverser la ville d'Autun, située dans le parc naturel régional du Morvan et conservant de son passé antique et médiéval un riche patrimoine. Stoppés cependant par des motards, rattachés à la Fédération française des motards en colère (FFMC), nous posons pied à terre. De quoi nous désaltérer par cette chaleur et parler un peu de notre sujet préféré, la moto ! Le Morvan regorge de forêts ressourçantes, tout en nous offrant une route avec de délicieux virages pour rouler en douceur. Nous y croisons de nombreux motards qui, de retour du circuit de Magnicourt, " s'y croient " ! Ils ne regardent rien, si ce n'est les quelques mètres devant leur pneu. Le ciel se grise sans pour autant abaisser la température. C'est dans le petit village de Chaumot (Nièvre) que nous sommes attendus. Marie nous accueille dans sa grande maison de campagne, transformée en maison d'hôtes, allant jusqu'à offrir son garage, aux murs tapissés et sol carrelé, à nos motos. Un luxe ! Joli jardin fleuri, chambres décorées avec goût et partage du repas avec elle et ses hôtes cyclistes et marcheurs, venant de Haute- Savoie, des Vosges et de Belgique.
Le gros orage d'hier n'a finalement pas sévi en ces lieux. Après la pluie fine nocturne, ce seront ciel gris et vent au réveil. D'adorables petites routes de campagne, on ne peut plus tranquilles, de quoi se mêler aux paysages. Un pur bonheur pour nos yeux et narines. Alternance de jolis villages. Troupeaux de vaches et de moutons de ci de là. La traversée de Pouilly-sur-Loire, village vigneron célèbre pour son vin (Pouilly-Fumé) s'avère agréable. Avant l'entrée et bien après la sortie, de gigantesques platanes nous font la haie d'honneur. Leur feuillage commence à près de quatre mètres du sol. A la sortie, une adorable maisonnette en briques, pourrait sortir tout droit d'un conte de fées. D'autres villages fleuris et vinicoles se succèdent. Longer le canal du Nivernais nous rappelle nos vacances en péniche, entre amis et dans la nature. A Cosne-sur-Loire, un magnifique cinéma nous renvoie au fameux film " Cinéma Paradiso " de par son architecture et son fronton en demi-lune. Briare, petite ville du Loiret, est connue pour son pont canal exceptionnel de 662 mètres de long, enjambant la Loire et l'ancien canal latéral datant de la fin du XIXe siècle, mais aussi pour son église St-Etienne, de style Gothique Byzantin, enrichie d'émaux. A ses côtés, un pavillon fleuri perpétue la mémoire de Jean-Philippe Bapterosse, à l'origine de ces émaux, dont un musée le maintient dans les mémoires. Sully-sur-Loire et son magnifique château, ceint de douves, pourrait être un rêve, avec son plafond nuageux. Le temps d'échanger quelques mots avec des anglais, retraités et motards eux aussi, mais en camping-car, et nous continuons notre périple.

Meung-sur-Loire, là encore des platanes majestueux ainsi que quelques pêcheurs se relaxant, les pieds dans l'eau, en-dessous du château. Au centre, une halle exceptionnelle datant de 1945 a remplacé l'hôtel-Dieu détruit avant la première guerre et accueille maintenant les marchés. J'imagine qu'en été, elle doit être meublée de terrasses. Pour l'instant, ce sont des agrandissements photographies de trente moulins à farine qui la décorent, dont un seul subsistait en 2010. Au loin, un viaduc et, image amusante, une série de villas, masquées en partie par des arbres taillés en rectangle, dont seul le bas des maisons apparaît. Les châteaux d'eau ont été abandonnés pour la plupart dans les années 80. Parmi eux, certains sont aujourd'hui " décorés " d'antennes, hélas ! Pas facile de détecter la maison d'hôtes recherchée, sise en haut d'une petite route de campagne. Une charmante mamie nous y attend, offrant l'hospitalité également à nos motos. Nous allons apprécier la quiétude des lieux avec un adorable jardin, fleuri à l'anglaise, et des chants d'oiseaux.
Le soleil nous accueille au lever. Les oiseaux ont repris leur concert tandis qu'un écureuil traverse la pelouse voisine, sans crainte aucune. Les routes du jour s'avèrent très agréables et peu fréquentées, nous amenant jusqu'en Normandie. A Mantilly, dans l'Orne, chez notre ami Reynald. Le chemin d'accès à sa maison, recouvert de branches, n'est pas plus large qu'une voiture. La belle bâtisse, dans son manteau de pierres anciennes, est encore en réfection, malgré de gros travaux déjà effectués. Un jardin potager avec quelques légumes et des pommiers, des terrassements en cours, de quoi s'occuper. La chaleur est de mise. A 19 heures, nous pénétrons dans le port de Cherbourg. Une longue attente nous donne l'opportunité de faire connaissance avec d'autres motards, français et anglais. La communication est sans chichi en deux roues. L'un des motards anglais a fait moult cols en France et en Espagne. Et deux autres reviennent de Normandie. C'est grâce à eux que nous récupérons plusieurs bonnes adresses dans la région des Cornouailles. Un couple d'anglais, tout sourire dans leur vieille Rolls, nous confie avoir vécu plusieurs années à Lausanne. C'est à 21h30 seulement, heure française, que le ferry se mettra enfin en branle.
Il est 6 heures, heure locale, (7 heures en Europe), après une traversée reposante dans une cabine, que nous entrons dans le port de Poole, sous un ciel encore sombre. La prudence est de mise sur le sol glissant du bateau. Un arc-en- ciel complet, aux couleurs très vives, voilà le premier cadeau de la journée. Hélas, il annonçait la pluie. Mais un deuxième nous séduit, tout aussi lumineux que le premier. Quelques kilomètres d'autoroute puis des mini routes recouvertes par les arbres formant un tunnel. Par endroits, nous nous devons d'éviter la boue, agglomérée tantôt au centre tantôt sur les côtés. Haynes Motor Museum à Starkfor, ce magnifique musée de l'automobile, créé et ouvert en 1985 par M. Haynes, un passionné, regroupe plus de trois cents véhicules de différents âges et pays, répartis dans plusieurs salles. Les motos sont hélas peu nombreuses mais d'un intérêt certain. Une grande peinture murale, très colorée, représente le départ d'une course, du bel ouvrage sur trois pans de murs. Un vieil atelier reconstitué et des vidéos animent les lieux.
West Camel, un village du comté du Somerset, n'est pas facile à trouver. Même
Monsieur GPS s'y perd. Nous y accédons finalement sous une pluie battante. Hoak House est le nom du B & B et " Blue Camel " celui du restaurant, tous deux tenus par des indiens adorables.
Un vent très violent dès le départ a réussi à chasser le mauvais temps de la veille. Quelques kilomètres sur une semi-autoroute et nous retrouvons de toutes petites routes, toujours bordées de haies, où la circulation est assez intense cette fois. Puis d'autres voies où deux voitures peuvent à peine se croiser, agrémentées de boue. Méfiance, les automobilistes roulent vite, même sans visibilité et malgré la sinuosité. Le GPS humanisé réussit à nous détourner de la pluie. Ouf. Une halte à Enmore, petit village typiquement british, semblant abandonné. Un charmant papy nous accueille dans son vieil hôtel-restaurant avec un pub typique. Nous trouvons là de quoi nous réchauffer grâce à une délicieuse soupe " maison ", concoctée par sa mamie, tout en admirant au plafond des tasses et théières suspendues, idée de décoration. Durant notre modeste repas, il s'est absenté pour aller ... voir nos motos sur le parking ! Avant de partir et selon notre habitude, nous déposons la somme sur la table puis saluons l'homme derrière son comptoir. Inquiet, il nous réclame avec tact le paiement ! Eh oui, les coutumes changent d'un pays à l'autre. Ici, tout le monde paie au comptoir. Rires de part et d'autre. Dunster, dans le Comté de Somerset, est un magnifique village tout de pierres vêtu. Lieu touristique, on pourrait le comparer à Gruyères, mais avec voitures. Un gros orage nous oblige à prolonger notre halte. J'en profite pour acheter des timbres dans le magasin/poste. Oh surprise, le timbre pour l'Europe à 3,20 £, soit 3,60 de nos francs, MAIS à l'effigie du Roi Charles III quand même ! La pauvre dame est toute désolée. Et moi donc ... A côté, une boutique artisanale vend des vaches highlander confectionnées avec de la corde (en lieu et place des poils) ou des lamelles de tissu colorées, une idée des plus originales. Un vieux pavillon tout en bois, de forme hexagonale, est une relique de 1629, construit sur une pierre centrale. Témoignage du commerce de laine et vêtements, il porte le nom de " Yarn Market " et nous offrira pour l'heure un abri. Tous les hôtels du coin s'avèrent trop coûteux (au-dessus de 100 £) et complets au demeurant.
Non loin d'ici, Whatchet, jolie petite ville minière sise au bord de la mer celtique, brille sous le soleil. Dans le port, au vu de la marée basse, les bateaux sont plantés dans le sable d ' une
consistance lumineuse. Deux statuts de marins et une barque fleurie sur le quai. Auprès de l'église, un monument du souvenir, en l'honneur des hommes morts pour l'Angleterre lors des deux dernières guerres, est décoré d'une très grande gerbe de fleurs, de même que d'une silhouette noire, fusil en main, contre le mur de l'église. Des couronnes en papier, de couleur rouge, sont déposées au sol en-dessous de la liste des morts. Moment de recueillement.
Finalement, c'est à Minehead que nous trouvons une chambre disponible, pour une fois dans un hôtel situé en plein centre. Nos motos, elles, dormiront sous la pluie, à l'écart de la rue cependant. Dans le pub, chose inhabituelle, un espace dédié à
la confection de pizzas, avec le four attenant. Une visite de la ville et du bord de mer s'écourtera en raison du vent glacial. Un ancien chemin de fer à vapeur part d'ici pour Bridgewater, mais plus ce soir. De l'autre côté du trottoir, une boîte aux lettres, rouge comme il se doit, semble être à la retraite, car son sommet est garni de tissu et de feuilles, un bel habillage. Sur les toits alentour, d'énormes cheminées en briques. Et un nouvel arc-en-ciel, cadeau du soir.
Au menu du jour, ciel bleu et grand vent. Notre premier English breakfast n'est pas exceptionnel, tout du moins pas comme on en avait le souvenir. Un coup d'oeil à la mer, de couleur brune en raison des grosses vagues annonçant l'orage, et nous retournons à Dunster. La visite de l'entier du château et
de ses jardins nous comble de bonheur. Plafonds taillés dans la pierre, meubles cossus, de même que la main courante de l'escalier, sculptée, en chêne foncé. Toutes les pièces sont meublées, décorées et fleuries. Dans la cuisine, le monte- plat contient de la vaisselle et, entre autres, oh surprise, deux assiettes identiques aux nôtres !
Dans les jardins, typiquement anglais, avec leurs pelouses rases, des parterres de fl e urs e t de s a rbre s majestueux, moment de bien-être. Aux abords du jardin intérieur, un petit tea-room avec terrasse, tantôt ensoleillée tantôt sous quelques gouttes de pluie. Nous y savourons notre premier scone avant de quitter les lieux au son du carillon de l'église, se manifestant toutes les quatre heures.
Le soleil nous accompagne. Vallorbe, la frontière sans le moindre contrôle ni même le képi d'un douanier. Bref arrêt à Louhans situé dans la plaine de Bresse, offrant un patrimoine gastronomique et architectural, ainsi qu'une rue centrale bordée de 157 arcades moyenâgeuses (Saône-et-Loire). Un grand vent, très chaud, secoue violemment les arbres, et nous avec. Nous ne faisons que traverser la ville d'Autun, située dans le parc naturel régional du Morvan et conservant de son passé antique et médiéval un riche patrimoine. Stoppés cependant par des motards, rattachés à la Fédération française des motards en colère (FFMC), nous posons pied à terre. De quoi nous désaltérer par cette chaleur et parler un peu de notre sujet préféré, la moto ! Le Morvan regorge de forêts ressourçantes, tout en nous offrant une route avec de délicieux virages pour rouler en douceur. Nous y croisons de nombreux motards qui, de retour du circuit de Magnicourt, " s'y croient " ! Ils ne regardent rien, si ce n'est les quelques mètres devant leur pneu. Le ciel se grise sans pour autant abaisser la température. C'est dans le petit village de Chaumot (Nièvre) que nous sommes attendus. Marie nous accueille dans sa grande maison de campagne, transformée en maison d'hôtes, allant jusqu'à offrir son garage, aux murs tapissés et sol carrelé, à nos motos. Un luxe ! Joli jardin fleuri, chambres décorées avec goût et partage du repas avec elle et ses hôtes cyclistes et marcheurs, venant de Haute- Savoie, des Vosges et de Belgique.
Le gros orage d'hier n'a finalement pas sévi en ces lieux. Après la pluie fine nocturne, ce seront ciel gris et vent au réveil. D'adorables petites routes de campagne, on ne peut plus tranquilles, de quoi se mêler aux paysages. Un pur bonheur pour nos yeux et narines. Alternance de jolis villages. Troupeaux de vaches et de moutons de ci de là. La traversée de Pouilly-sur-Loire, village vigneron célèbre pour son vin (Pouilly-Fumé) s'avère agréable. Avant l'entrée et bien après la sortie, de gigantesques platanes nous font la haie d'honneur. Leur feuillage commence à près de quatre mètres du sol. A la sortie, une adorable maisonnette en briques, pourrait sortir tout droit d'un conte de fées. D'autres villages fleuris et vinicoles se succèdent. Longer le canal du Nivernais nous rappelle nos vacances en péniche, entre amis et dans la nature. A Cosne-sur-Loire, un magnifique cinéma nous renvoie au fameux film " Cinéma Paradiso " de par son architecture et son fronton en demi-lune. Briare, petite ville du Loiret, est connue pour son pont canal exceptionnel de 662 mètres de long, enjambant la Loire et l'ancien canal latéral datant de la fin du XIXe siècle, mais aussi pour son église St-Etienne, de style Gothique Byzantin, enrichie d'émaux. A ses côtés, un pavillon fleuri perpétue la mémoire de Jean-Philippe Bapterosse, à l'origine de ces émaux, dont un musée le maintient dans les mémoires. Sully-sur-Loire et son magnifique château, ceint de douves, pourrait être un rêve, avec son plafond nuageux. Le temps d'échanger quelques mots avec des anglais, retraités et motards eux aussi, mais en camping-car, et nous continuons notre périple.

Meung-sur-Loire, là encore des platanes majestueux ainsi que quelques pêcheurs se relaxant, les pieds dans l'eau, en-dessous du château. Au centre, une halle exceptionnelle datant de 1945 a remplacé l'hôtel-Dieu détruit avant la première guerre et accueille maintenant les marchés. J'imagine qu'en été, elle doit être meublée de terrasses. Pour l'instant, ce sont des agrandissements photographies de trente moulins à farine qui la décorent, dont un seul subsistait en 2010. Au loin, un viaduc et, image amusante, une série de villas, masquées en partie par des arbres taillés en rectangle, dont seul le bas des maisons apparaît. Les châteaux d'eau ont été abandonnés pour la plupart dans les années 80. Parmi eux, certains sont aujourd'hui " décorés " d'antennes, hélas ! Pas facile de détecter la maison d'hôtes recherchée, sise en haut d'une petite route de campagne. Une charmante mamie nous y attend, offrant l'hospitalité également à nos motos. Nous allons apprécier la quiétude des lieux avec un adorable jardin, fleuri à l'anglaise, et des chants d'oiseaux.
Le soleil nous accueille au lever. Les oiseaux ont repris leur concert tandis qu'un écureuil traverse la pelouse voisine, sans crainte aucune. Les routes du jour s'avèrent très agréables et peu fréquentées, nous amenant jusqu'en Normandie. A Mantilly, dans l'Orne, chez notre ami Reynald. Le chemin d'accès à sa maison, recouvert de branches, n'est pas plus large qu'une voiture. La belle bâtisse, dans son manteau de pierres anciennes, est encore en réfection, malgré de gros travaux déjà effectués. Un jardin potager avec quelques légumes et des pommiers, des terrassements en cours, de quoi s'occuper. La chaleur est de mise. A 19 heures, nous pénétrons dans le port de Cherbourg. Une longue attente nous donne l'opportunité de faire connaissance avec d'autres motards, français et anglais. La communication est sans chichi en deux roues. L'un des motards anglais a fait moult cols en France et en Espagne. Et deux autres reviennent de Normandie. C'est grâce à eux que nous récupérons plusieurs bonnes adresses dans la région des Cornouailles. Un couple d'anglais, tout sourire dans leur vieille Rolls, nous confie avoir vécu plusieurs années à Lausanne. C'est à 21h30 seulement, heure française, que le ferry se mettra enfin en branle.
Il est 6 heures, heure locale, (7 heures en Europe), après une traversée reposante dans une cabine, que nous entrons dans le port de Poole, sous un ciel encore sombre. La prudence est de mise sur le sol glissant du bateau. Un arc-en- ciel complet, aux couleurs très vives, voilà le premier cadeau de la journée. Hélas, il annonçait la pluie. Mais un deuxième nous séduit, tout aussi lumineux que le premier. Quelques kilomètres d'autoroute puis des mini routes recouvertes par les arbres formant un tunnel. Par endroits, nous nous devons d'éviter la boue, agglomérée tantôt au centre tantôt sur les côtés. Haynes Motor Museum à Starkfor, ce magnifique musée de l'automobile, créé et ouvert en 1985 par M. Haynes, un passionné, regroupe plus de trois cents véhicules de différents âges et pays, répartis dans plusieurs salles. Les motos sont hélas peu nombreuses mais d'un intérêt certain. Une grande peinture murale, très colorée, représente le départ d'une course, du bel ouvrage sur trois pans de murs. Un vieil atelier reconstitué et des vidéos animent les lieux.
West Camel, un village du comté du Somerset, n'est pas facile à trouver. Même
Monsieur GPS s'y perd. Nous y accédons finalement sous une pluie battante. Hoak House est le nom du B & B et " Blue Camel " celui du restaurant, tous deux tenus par des indiens adorables.
Un vent très violent dès le départ a réussi à chasser le mauvais temps de la veille. Quelques kilomètres sur une semi-autoroute et nous retrouvons de toutes petites routes, toujours bordées de haies, où la circulation est assez intense cette fois. Puis d'autres voies où deux voitures peuvent à peine se croiser, agrémentées de boue. Méfiance, les automobilistes roulent vite, même sans visibilité et malgré la sinuosité. Le GPS humanisé réussit à nous détourner de la pluie. Ouf. Une halte à Enmore, petit village typiquement british, semblant abandonné. Un charmant papy nous accueille dans son vieil hôtel-restaurant avec un pub typique. Nous trouvons là de quoi nous réchauffer grâce à une délicieuse soupe " maison ", concoctée par sa mamie, tout en admirant au plafond des tasses et théières suspendues, idée de décoration. Durant notre modeste repas, il s'est absenté pour aller ... voir nos motos sur le parking ! Avant de partir et selon notre habitude, nous déposons la somme sur la table puis saluons l'homme derrière son comptoir. Inquiet, il nous réclame avec tact le paiement ! Eh oui, les coutumes changent d'un pays à l'autre. Ici, tout le monde paie au comptoir. Rires de part et d'autre. Dunster, dans le Comté de Somerset, est un magnifique village tout de pierres vêtu. Lieu touristique, on pourrait le comparer à Gruyères, mais avec voitures. Un gros orage nous oblige à prolonger notre halte. J'en profite pour acheter des timbres dans le magasin/poste. Oh surprise, le timbre pour l'Europe à 3,20 £, soit 3,60 de nos francs, MAIS à l'effigie du Roi Charles III quand même ! La pauvre dame est toute désolée. Et moi donc ... A côté, une boutique artisanale vend des vaches highlander confectionnées avec de la corde (en lieu et place des poils) ou des lamelles de tissu colorées, une idée des plus originales. Un vieux pavillon tout en bois, de forme hexagonale, est une relique de 1629, construit sur une pierre centrale. Témoignage du commerce de laine et vêtements, il porte le nom de " Yarn Market " et nous offrira pour l'heure un abri. Tous les hôtels du coin s'avèrent trop coûteux (au-dessus de 100 £) et complets au demeurant.
Non loin d'ici, Whatchet, jolie petite ville minière sise au bord de la mer celtique, brille sous le soleil. Dans le port, au vu de la marée basse, les bateaux sont plantés dans le sable d ' uneconsistance lumineuse. Deux statuts de marins et une barque fleurie sur le quai. Auprès de l'église, un monument du souvenir, en l'honneur des hommes morts pour l'Angleterre lors des deux dernières guerres, est décoré d'une très grande gerbe de fleurs, de même que d'une silhouette noire, fusil en main, contre le mur de l'église. Des couronnes en papier, de couleur rouge, sont déposées au sol en-dessous de la liste des morts. Moment de recueillement.
Finalement, c'est à Minehead que nous trouvons une chambre disponible, pour une fois dans un hôtel situé en plein centre. Nos motos, elles, dormiront sous la pluie, à l'écart de la rue cependant. Dans le pub, chose inhabituelle, un espace dédié à
la confection de pizzas, avec le four attenant. Une visite de la ville et du bord de mer s'écourtera en raison du vent glacial. Un ancien chemin de fer à vapeur part d'ici pour Bridgewater, mais plus ce soir. De l'autre côté du trottoir, une boîte aux lettres, rouge comme il se doit, semble être à la retraite, car son sommet est garni de tissu et de feuilles, un bel habillage. Sur les toits alentour, d'énormes cheminées en briques. Et un nouvel arc-en-ciel, cadeau du soir.Au menu du jour, ciel bleu et grand vent. Notre premier English breakfast n'est pas exceptionnel, tout du moins pas comme on en avait le souvenir. Un coup d'oeil à la mer, de couleur brune en raison des grosses vagues annonçant l'orage, et nous retournons à Dunster. La visite de l'entier du château et
de ses jardins nous comble de bonheur. Plafonds taillés dans la pierre, meubles cossus, de même que la main courante de l'escalier, sculptée, en chêne foncé. Toutes les pièces sont meublées, décorées et fleuries. Dans la cuisine, le monte- plat contient de la vaisselle et, entre autres, oh surprise, deux assiettes identiques aux nôtres !
Dans les jardins, typiquement anglais, avec leurs pelouses rases, des parterres de fl e urs e t de s a rbre s majestueux, moment de bien-être. Aux abords du jardin intérieur, un petit tea-room avec terrasse, tantôt ensoleillée tantôt sous quelques gouttes de pluie. Nous y savourons notre premier scone avant de quitter les lieux au son du carillon de l'église, se manifestant toutes les quatre heures.Nous commençons la journée sur une jolie route bordée de haies, comme on les aime avant d'en emprunter (façon de parler, car à péage) une autre, toute aussi mince, portant le nom de Scenic Road. Juste la place de croiser un vélo ou un piéton. Il nous en coûtera la somme de 1,50 £/moto pour quatre kilomètres !
En redescendant, nous découvrons Lynmouth on Exmoor (parc national à cheval entre les comtés de Devon et Somerset), sise dans le Comté du Devon. Sur la promenade, la grande sculpture d'un marcheur avec sa canne, grandeur nature, en métal ajouré, nous rappelle que nous sommes sur le chemin côtier du Sud-Ouest, long de 1050 kilomètres. Des bancs disposés face à la mer permettent ainsi d'admirer, de façon confortable, le spectacle toujours changeant. Clin d'oeil aux jolis nuages blancs de toutes formes. Les surfeurs cherchent à dompter les grosses vagues, dont l'écume contraste avec la couleur sombre de l'eau. Tandis que nous nous protégeons du vent glacial, il est surprenant d'apercevoir les anglais en t-shirt ou encore en short avec une doudoune. La chance nous sourit à nouveau avec la vision extraordinaire de deux magnifiques arcs-en-ciel, complets et simultanés cette fois. Au coeur du village, un joli pub baptisé " The Ancient Mariner " nous invite à y entrer. Des langoustes, jolies sculptures en métal recyclé sur la porte et, sur le sol, une enfilade de petits poissons, en métal argenté. En entrant, nous découvrons une vieille presse d'imprimerie restaurée et la proue d'un bateau derrière le bar. Le jardin de notre B & B est typiquement anglais, très dense et fleuri. Quant au propriétaire, un peu bourru, il offre à nos motos l'abri de son garage.
On prend les mêmes et on recommence, tant avec le ciel, bleu azur, qu'avec le vent froid. Notre hôte nous oriente vers des lieux à découvrir, à commencer par le funiculaire, spectaculaire de par sa déclivité et son système d'énergie hydraulique (trois tonnes d'eau) qui fut inauguré en 1890. Il part du bord de mer pour rejoindre, en trois minutes, le joli village de Lynton, sis à 152 mètres d'altitude (500 pieds).
La rue, très animée, regorge de petits commerces. Parmi eux, le café, portant le nom de " Charlie Fridays ". Sa décoration hétéroclite est chaleureuse. Sur l'un des murs, des centaines d'étiquettes brunes sont accrochées avec leurs ficelles, témoignages de voeux des clients, auxquels j'en rajouterai un. Une belle idée.
Visite succincte du Valley Rocks Hôtel, construit en briques dans le style victorien. Seules les deux grandes salles de réception sont ouvertes au public. Ce palace, construit en 1807, s'est vu orné, à la fin du XIXe siècle, de certaines particularités architecturales en provenance de Suisse, d'Allemagne et d'Autriche.A deux pas d'ici, dans une église désaffectée, une cinquantaine d'artisans exposent leurs produits de qualité et variés. Une belle ambiance dans la quiétude des lieux. La mairie, elle, se trouve décorée, à l'occasion de son 125ème anniversaire, d'une longue banderole, telle une rivière, constituée
de fleurs en laine, travail artisanal remarquable de par la diversité de couleurs et la dimension de l'ensemble. Un charmant monsieur, appuyé sur ses béquilles, nous conseille un chemin situé à l'arrière de la mairie, qui se faufile dans la forêt jusqu'à la Valley on the Rocks. De grands rochers verdoyants nous font une haie d'honneur tandis que le sol, caillouteux, ramène notre attention. Détente assurée, marche ressourçante et chants d'oiseaux, un véritable enchantement. Diversité des arbres, chênes et hêtres en majorité, et sol moussu bordé de fougères, grillées par la canicule estivale. Au sommet, quelques murs attestent de l'emplacement d'une maison de maître construite à la fin du 19e siècle. La bâtisse fut entièrement détruite par le feu en 1913, juste avant la première guerre. Sur deux supports en béton, desimages reconstituées en mosaïque dévoilent, sur l'un Hollerday House, la bâtisse construite par Sir George. Les pierres restantes furent utilisées à la reconstruction de ponts et structures démolis pendant la guerre. Le deuxième support se réfère au jumelage de Lynton et Lynmouth avec la ville de Bénouville, dans le département du Calvados, en Normandie. A l'origine du jumelage, Ernest Mold, médecin britannique pendant la seconde guerre mondiale " préférant soigner plutôt que tuer ", son slogan. Sur une route de campagne, une chasse à cour se prépare. Voitures avec remorques, pour les chevaux, ces derniers montés par des hommes et des femmes. Les chiens aboient, leurs queues dressées vers le ciel, impatients de se mettre au travail. Dulverton, un joli village déserté de par le ciel chafouin. L'occasion de sourire devant un drôle d'escalier. Détaché de l'immeuble, il est installé en V, parallèle à la rue, avec, au sommet, une plate-forme menant à l'entrée. Pourquoi faire simple ? Une porte ouverte sur une galerie nous permet de faire la connaissance d'un peintre. Observateur d'oiseaux, il reproduit ses photos sur d'anciennes cartes routières avec une précision surprenante, les plaçant exactement aux endroits où il les a épiés, sur le plateau d'Exmoor. La pluie nous accompagnera avec, au passage, des moutons en liberté, pas le moins du monde effrayés par nos moteurs. Plusieurs cattle grid (grilles pour empêcher le bétail de passer) font ralentir les véhicules. Quel plaisir d'apercevoir au loin une trombe d'eau, que l'on aura évitée de justesse.
Ciel noir, grand vent et route mouillée au menu matinal. Nous commençons par un virage à droite corsé. Une camionnette arrive de la droite, sur sa gauche of course, et des voitures attendent à gauche pour tourner. Vous suivez ? La vigilance est de mise. Plus loin, une route traversant la forêt ne permet pas à deux voitures de se croiser. Ce seront quand même successivement un piéton puis trois cyclistes et enfin quelques piétons ensemble qui se colleront contre la haie pour nous laisser passer. Sous une petite pluie fine, nous nous engageons sur un chemin glissant, en pente raide. Après quelques centaines de mètres, qui m'ont paru interminables, Pascal ressort sa carte en se grattant la tête quand une dame arrive, fort heureusement, installée en amazone sur un quad, ses béquilles posées à ses côtés. Résultat, il convient de remonter la méchante pente, devenant vilaine montée. Retour à la case départ. Le panneau, mal orienté, indiquait un cul de sac. Le vent est toujours aussi violent. Petite pause-visite au Lynton Barnstaple Railway, qui a circulé entre 1898 et 1935. Pascal retrouve ses yeux d'enfant
à l'arrivée de la locomotive (copie d'ancienne pourtant), accompagnée de ses deux jolis wagons d'origine. Le ciel déverse des trombes d'eau. C'est dans ces conditions dantesques que nous arrivons enfin à Clovelly.La ruelle pavée et piétonne de cet adorable village est on ne peut plus raide. Nous laissons nos motos à l'abri, de la pluie mais pas du vent, sous l'avant-toit du centre de tourisme. C'est donc chargés comme des mules et en tenue de cosmonautes, avec combinaisons de pluie et casques, que nous descendons, sur un sol de cailloux cimentés, de forme ovale, mais fort heureusement non glissants.
La pluie tombe à l'horizontale, une spécialité anglaise ! Le B & B se trouve dans le milieu de la descente avec, pour nous accueillir, un jardin très touffu. Surprise de la propriétaire, nous voyant débarquer dégoulinants. Des luges en plastique ou en bois sont entreposées devant les maisons, servant de moyens de transport en remplacement des ânes. Clovelly nous séduit tout de suite, malgré la pluie.
Le breakfast nous est servi par notre hôtesse, charmante et attentionnée, moment que nous partageons avec une autrichienne, marcheuse solitaire pour un périple d'un mois, dont le bagage est nettement plus léger que le nôtre. Au programme ce matin, très grand vent et quelques gouttes de pluie pas méchantes. Les nuages se déplacent à vive allure. Histoire de nous imprégner des lieux, nous prenons le temps de remonter la ruelle, les mains dans les poches. Une boutique tenant lieu de Post Office, des plantes plus ou moins fleuries devant les maisons, un petit musée de la mer, quelques chats en vadrouille, une mouette installée sur une cheminée et une harmonie architecturale. Hors de question de refaire la montée avec nos bagages. Nous allons nous offrir l'aide d'une Land Rover, prévue à cet effet pour une somme très modique et gravissant sans effort l'autre chemin bitumeux très en pente aussi. Le petit port enveloppe les bateaux hors de l'eau. La mer montante lance ses vagues à l'assaut de la jetée, superbe spectacle. Le long des côtes, le vent nous pousse maintenant, nous incitant à la prudence. Il s'agit de s'accrocher au guidon tout en restant attentifs à la route. Bude est une petite ville balnéaire très animée. Cependant, notre but n'est pas de la visiter mais d'y dénicher une buanderie. Dans la longue rue de Tintagel, nous découvrons plusieurs brocantes pleines à craquer d'objets du passé ainsi qu'une exposition de photos de rêve. Le vent atteint une vitesse phénoménale, nous rappelant la Hollande, et l'on apprécie les haies, une fois de plus, pour garder la bonne position sur nos montures. Quelques éoliennes, pas suffisamment nombreuses à mon goût, exploitent les conditions. Quant aux panneaux solaires, on n'en a vu guère. En pleine campagne, un bus est arrêté mais aucune voiture ne le passe, ni devant ni derrière. Nous nous le permettrons de justesse. Comment auront-ils réagi à notre indiscipline ? Histoire de nous détendre un peu, nous partons à la découverte de Padstow, le St-Tropez anglais. Les restaurants se côtoient. Pour son dernier voyage de la journée, un ferry pour cyclistes ne partira qu'avec une seule personne. Un goéland blessé gémit sur le quai tandis que les autres restent à l'affût de quelque nourriture. Malgré l'aide de Monsieur Internet, il n'est pas facile de trouver un B & B en ces lieux, d'autant que les prix sont dissuasifs. C'est à une petite dizaine de kilomètres de là, à St-Merryn, que nous passons la nuit dans l'hôtel " Farmers Arms ". Ancien, agréablement confortable mais la cuisine est trop lourde (à notre goût).
Un moment de bonheur nous attend, le lendemain, sur des routes vallonnées, étroites et peu fréquentées, avec parfois des descentes impressionnantes, comparables au grand 8, jusqu'à ce qu'une belle et vaste plage, séparée en deux par une rivière, nous interpelle. Sable doux, marée montante et, à notre grand étonnement, une vingtaine de chiens de toutes tailles courant après des balles lancées grâce à des catapultes. Les démarrages, de même que la vitesse d'accélération de ces bêtes, sont époustouflants. Des marcheurs surplombent la mer sur un petit chemin très abrupt, tandis que des surfeurs testent leurs forces sur des vagues appropriées. Au-dessus de la route, j'observe, d'un oeil noir, le méchant virage à gauche situé au bout de la courte montée. Un bus à deux étages en descend, amorçant le sien tout en empiétant sur sa droite (notre gauche) ! Et si j'étais arrivée en face ... Mon cher mari, toujours attentionné, se propose de partir en premier afin de " hisser le drapeau vert " lorsque la route sera libre ! Ouf, le voilà derrière (le virage, pas Pascal). Un peu plus loin, nouveau souci. Au carrefour, nous tournons à gauche, ce qui implique de regarder en premier à droite. Rien en vue, j'y vais, jusqu'à ce que, surprise, j'entende klaxonner derrière moi ! Etait-ce un anglais ? J'ai bien failli partir dans le caniveau, peu habituée ici à ce genre de son. Nouvelle intersection, Pascal tourne à droite cette fois, se plaçant immédiatement sur sa gauche, comme il se doit. Le suivant des yeux, je ne vois pas arriver les deux voitures à ma droite et apprécie l'efficacité de mes freins. Compréhensifs, ces anglais n'ont pas freiné mais anticipé ! Tout rentre dans l'ordre. Tout ce que nous verrons de St-Agnès, ce seront le tout petit parking avec sa cabine de téléphone, rouge bien sûr, mais aussi sa magnifique plage, encaissée entre deux falaises, attirant surfeurs et quelques baigneurs, pas frileux. Au moment de quitter les lieux, un jeune me lance " Take care, stay safe ! ". Il n'y a que les anglais pour penser à souhaiter ce genre de choses ! St-Ives, notre prochaine halte, une grande ville cette fois, avec un immense parking construit sur la colline dans une pente impressionnante. Du jamais vu ! Heureusement, un petit replat situé au sommet, à côté de la piscine, rassure nos deux-roues, et nous aussi. La descente à pied jusqu'au centre nous dissuade de revenir par le même chemin, d'autant que nous croisons des gens très essoufflés et que des bus font des navettes. Ruelles très animées, vieilles maisons fleuries et pubs dans tous les coins avant de rejoindre le bord de mer. Mouettes et goélands, peu craintifs, font preuve de patience. Monsieur Internet, avec l'aide de Pascal (ou l'inverse), nous a trouvé un toit pour la nuit, en pleine campagne, sur le terrain d'une ferme. Pas facile à dénicher, même avec l'aide du GPS. Première surprise avant d'arriver, un troupeau de paons s'engage sur la route, nullement effrayé. Et une deuxième, en découvrant la jolie roulotte, louée par Harry et Poppy, de jeunes fermiers, à New Bridge (Penzance). L'accent de Harry est à couper au couteau, rendant difficile la compréhension. L'entrée sur le terrain, en terre battue, et de surcroît humide et caillouteuse, ne me plaît guère. Mais nos motos auront l'opportunité de dormir à l'abri, elles aussi, dans un hangar de stockage de foin. La roulotte, toute neuve, offre un confort douillet. Un bon lit, un mini coin cuisine équipé et une salle-de-bains, le tout dans dix mètres carrés pour 77 Livres (90 francs). Un détail qui a son importance, les deux fenêtres sont agrémentées de stores peints, l'un représentant des jardins et l'autre le Mont St-Michael. J'adore. Sous nos yeux, des pâturages et un troupeau de vaches heureuses. Ici, calme assuré pour la nuit qui nous attend malgré la force du vent secouant notre habitacle.
Hélas, une mauvaise surprise nous attend au lever. Un ciel très bas, avec la pluie et son ami, le vent. Que faire ? Comment faire ? On a beau écarquiller les yeux, la brume enveloppe le paysage. Les vaches continuent à paître, nullement dérangées par la météo, ou habituées. Une vachette, éprise de liberté, arrive à passer sous la barrière électrifiée sans la toucher, histoire de goûter à l'herbe de l'autre côté, sûrement plus verte. Dans l'un des bacs, disposés devant la roulotte, un plant de lavande ! Surprenant qu'il résiste à la météo anglaise. La pluie finalement s'amenuise, nous permettant d'aller visiter la Levant Mine, où l'étain et le cuivre étaient exploités. Froid et humidité sont au menu du jour. Entrée gratuite à l'occasion de la journée du patrimoine. Une dame guide me dissuade de la comprendre au vu de son accent corsé et de sa vitesse d'élocution. Ici, les mineurs, en raison de leur dur labeur, ne vivaient guère au-delà de quarante ans. La descente de sept cents mètres, pour accéder au chantier par une échelle verticale, nécessitait une heure et il leur fallait une heure dix pour en remonter. Protégés d'un simple casque, ils y inséraient une bougie pour s'éclairer. Des poneys, descendus avec un palan, restaient dix-huit mois au fond pour tracter les chariots. Quant au travail, inhumain pour les hommes au fond de la mine, il ne l'était guère moins pour les femmes et les enfants, concassant les blocs en surface. La visite continue avec une énorme machine à vapeur très bruyante, encore en fonction, puis à l'extérieur, en plein vent et sous la bruine glaçante, ce qui n'empêche pas certains visiteurs d'être en short tandis que nous grelottons avec notre équipement. Newbridge, à proximité, est enveloppé dans un épais brouillard. Nous mettrons pied à terre pour nous réchauffer, nous restaurer et faire quelques emplettes. Retrouver " notre " roulotte douillette nous ravit. Encore une très belle nuit.Le ciel s'étant un peu dégagé, nous partons pour Tressilik Castle. Visite des parcs et jardins, typiquement anglais. Un grand tea-room avec, au plafond, des guirlandes de mini voiliers, confectionnés en papier, et sur le mur du fond, une couronne composée de poissons,
en papier également. De vieux arbres exceptionnels et des plates-bandes fleuries, un rêve. La maison de maître, elle, ne se visite pas, si ce n'est deux grandes pièces métamorphosées en tea-room. Nous poursuivons sur une route peu fréquentée, de la largeur d'une voiture. Boue, gravillons et milieu herbeux au menu. Nous ne dépassons pas les 20 km/h et finissons (quand même) par rejoindre une route digne de ce nom, puis l'autoroute, avant d'atteindre le port de Plymouth. Dans la file d'attente, d'autres motards, anglais. Bien que le départ du bateau soit annoncé pour 21h, nous pourrons déjà y accéder à 19h. Partage, échange et rires avec deux anglais en partance pour la Bretagne. Hélas, pas de cabine disponible, malgré le peu d'affluence. Nousdormirons, enfin façon de parler, entre le fauteuil légèrement incliné et la moquette.
Arrivée à Roscoff avec le lever du soleil, à 8 heures (heure française). La sortie du bateau est un peu périlleuse, comme d'habitude, au vu du pont métallique
mouillé et du demi-tour accentué. Il nous faudra ensuite patienter encore une demi-heure pour le contrôle des passeports, douane oblige. Dans l'équipe de motards, un breton, de retour d'Irlande, ayant accompli l'aller-retour en une semaine seulement, un anglais partant à la découverte de la Bretagne, un autre se rendant en Autriche et toute une famille (parents et leurs deux fils) tous les quatre sur leur moto (dont trois Ducati). Roscoff est une ville balnéaire dotée du titre de " petite cité de caractère ", à raison. Elle a conservé son patrimoine architectural des XVIe et XVIIe siècles. De jolies maisons d'armateurs, une propreté éclatante, quelques petits commerces, une église de type gothique flamboyant et un café " Chez Ty Pierre " accueillant et animé.Ici, nous apprécions notre premier croissant au beurre. En lieu et place d'un plafond uniformément blanc, celui-là est agrémenté d'une carte maritime dessinée et de quelques mini bateaux de pêche en bois installés à l'envers. Idée amusante. La ville s'éveille sous le soleil. J'y serai bien restée un peu mais ... la fin du parcours nous attend. Un (trop) bref arrêt à Huelgoat, dans la région des Monts-d'Arrée (Finistère), pour y déguster une crêpe, admirer une exposition dans l'ancien moulin des artisans et amorcer (oui, seulement) la balade dans cette forêt magique et mystérieuse avec ses gros rochers moussus. Regrets !
Prochaine étape, Josselin (Morbihan), ville médiévale bâtie sur un éperon rocheux, un joyau déjà visité, avec son magnifique château surplombant le canal et appartenant à la même famille depuis plus de mille ans. Sur la terrasse du restaurant, au pied de la basilique illuminée, nous sommes à même d'admirer les gargouilles colossales. Une belle nuit en chambre d'hôtes, avec un accueil chaleureux, une fois de plus, et le calme. Autre lieu connu, La Gacilly, village natal d'Yves Rocher, fera l'objet de l'étape suivante. Le marché, installé sous une grande halle, tire à sa fin. Juste à temps pour acheter une barquette de fraises, locales et savoureuses. Ici sont réunis une trentaine d'artisans d'Art depuis de nombreuses années. Parmi eux, une charmante jeune femme confectionne des imperméables avec des tissus cirés très colorés, des plus originaux, ainsi que toutes sortes de vêtements et accessoires féminins. Hélas, la tentation sera sans suite en raison du manque de place et de liquidités. L'artisanat a un prix en lien avec les idées, la qualité et le savoir-faire, ce qui en fait des pièces uniques. Chez son voisin, d'énormes fleurs colorées, en métal émaillé, illuminent la boutique. Le créateur de girouettes existe depuis de longues années. Le festival photo, quant à lui, bat son plein, colorant et animant la ville, cette année sur le thème " So British " !
Grâce à une météo automnale douce, le festival et l'art remportent le succès escompté . Sur la terrasse des " Enfants gâtés " nous restons un instant dans l'ambiance en prenant soin de visiter l'intérieur. Là, des tables confectionnées à partir de pieds d' anciennes machines à coudre et au mur, un tableau représentant des bateaux en métal, en version 3D. Nous finissons par la découverte d'un lieu insolite avec, dans la cour, un stock de pièces rouillées attendant de prendre forme. A l'intérieur, des sculptures en sont la preuve. Avec ces belles images en tête, nous renouons avec la route traversant les départements de la Loire Atlantique et du Maine-et- Loire. Nous voilà maintenant en région Val de Loire, dans le village de Vaudelnay, près de Saumur. Au domaine du Relais, outre la cave et ses dégustations, que nous déclinons, c'est la découverte d'un grand terrain pour camping-cars, désert, avec des " foudres ", grands tonneaux servant d'hébergement pour deux ou quatre personnes. Ambiance cocon assurée dans ce petit nid avec, outre le lit occupant les deux tiers de l'espace, une table se rabattant et deux balançoires en guise de chaises. Pour les sanitaires, il suffit de se rendre dans le bloc idoine, impeccable, destinés à tous les vacanciers. Dans le champ voisin, un âne et un cheval grattent le sol, l'herbe y étant rare. Et la demi-douzaine d'oies se dandine d'un coin à un autre dans le même but. Une nuit on ne peut plus douce et calme, vu la saison estivale terminée. Une magnifique fresque, montrant les différentes facettes de l'entreprise, a été peinte à même la façade de la cave, en métal ondulé. Autour de nous, des arbres bien sûr mais aussi des plantes en fleurs, rouges ou jaunes.
Au lever, on nous livre un panier petit-déjeuner. De quoi tester les balançoires. Le chat, étranger au domaine, apprécie la compagnie et se laisse caresser sans contre-partie. Nos motos auront dormi en toute quiétude, à nos côtés.
Toutes les bonnes choses ayant une fin, nous roulons maintenant, tantôt en lignes droites, tantôt sur des " montagnes russes ". Mais hélas, la pluie va nous rattraper et le soleil semble décidé à lui laisser sa place. Nous contournons Châtellerault, dans la Vienne, une trop grande ville et lui préférons le village de Preuilly-sur-Claise (Indre-et-Loire) pour la pause fessiers. Sur la minuscule terrasse faisant face à l'abbatiale Saint-Pierre, colossale, construite en 1001, un gigantesque vélo rouge est constitué de deux vieilles bicyclettes, dont l'une, un Peugeot des années 60 avec son guidon bracelet (mon père en avait un !). Le temps d'admirer un joli nuage allongé en forme de peigne et nous enfourchons nos motos. Cette fois, ce sera une route plus sinueuse, dans des forêts humides. Plusieurs radars, dont un nous flashe mais depuis devant. Ouf ! Il est temps de faire la pause-repas avant l'arrêt du service, fixé à 14 heures depuis quelques années. La ville de Châteauroux (Indre) est déserte, s'agissant d'un dimanche sans voitures. Place aux cyclistes et piétons mais aussi à des vélos à quatre ou six roues de même qu'à des charrettes, tirées par des ânes. Une animation musicale et un énorme matelas destiné aux acrobaties de vélos attirent le public. Le soleil revient timidement tandis que nous poursuivons notre route, désertée le dimanche. La pluie nous rattrape finalement peu avant Decize (Nièvre), en Bourgogne Franche-Comté, et ne nous permettra pas de visiter cette cité de caractère. Tout est fermé et la nuit tombe. Nous ne ferons pas les difficiles avec la chambre, plutôt rbnb. Devant la fenêtre, le canal et son chemin de halage, emprunté par les marcheurs ou joggeurs ne redoutant pas la pluie.
Nous attaquons le dernier jour de nos vacances sous une pluie battante, l'estomac vide, avec l'équipement idoine pour la journée. C'est à Autun (Saône-et- Loire) que la Brasserie du commerce nous accueillera, à l'intérieur, malgré nos tenues dégoulinantes, et avec le sourire. Nous apprécierons, oh combien, les deux derniers croissants. Après quelques petites heures, aux environs de Lons-le- Saunier (Jura), ce sera une pause gourmande de qualité à la boulangerie- pâtisserie " La Fabrik ", que l'on recommande. Nous enchaînons avec les routes du Jura sinueuses, généralement très agréables mais aujourd'hui un peu moins, sur le revêtement mouillé. A Vallorbe, il s'agit de remonter la longue file avant la douane. En raison du week-end du Jeûne fédéral, les Suisses sont partis prendre l'air de la France, en ayant la bonne idée de rentrer tous en même temps ! Et voilà, la fête est finie, mais à la maison, fort heureusement, nos charmants gardiens nous attendent avec une bonne dinette, histoire de nous faire oublier le mauvais temps et les kilomètres.
Au total, ce seront presque ...3'000 kms de bonheur, mélange de paysages, de rencontres, de découvertes, de soleil et de pluie !
Betty
Octobre 2025
Octobre 2025