Une nuit en compagnie de la lune
Avec cette deuxième canicule, les nuits s’avèrent un peu plus agréables. Et dormir à la belle étoile fait partie intégrante des plaisirs de ma vie. Une autre raison y a contribué un soir avec l’arrivée du héron, que tout le monde trouve magnifique mais que nous n’apprécions guère. Et pour cause. Celui-ci avait élu domicile dans le pin surplombant le jardin. Friand de poissons, il reluquait les nôtres ! Comme s’il n’y en avait pas suffisamment dans le lac voisin. D’où moult essais pour le faire fuir, tels que pousser de grands cris, taper des mains et le regarder d’un sale oeil tandis que nous étions attablés. Rien n’y fit. Au contraire même, il faisait sa toilette, comme pour nous narguer. Généralement, tandis que ses congénères survolent la maison en criant et s’enfuient aux premiers signes de nos manifestations, celui-là, plus fainéant, s’égosillait sur la branche sans émettre le moindre désir de s’éloigner. J’en ai déduit qu’il devait être sourd, ou aveugle. Et notre communication, qui n’en était pas une, s’est étalée sur une petite heure sans que « Môssieur » daigne comprendre notre désir de le voir retourner vers son perchoir. Du jamais vu. Etait-ce un vrai ? Ou un automate ? Etait-il déjà repu ? Ou encore, se préparait-il à la sieste ?
C’est ainsi que mon désir de passer une nuit dans le jardin se confirma, face au lac et en compagnie de la pleine lune. Installée sous le pavillon, à l’abri de la fraîcheur à venir, je m’imposai de monter la garde, au cas où le monstre reviendrait. L’astre illuminait ciel et terre et se reflétait dans le lac-miroir. Une merveille. Comment aurais-je pu louper cela ? Dame lune apparut d’abord à travers le grand cyprès du voisin. Mais Morphée m’appela avant même qu’elle soit sortie de sa cachette. Durant la nuit, une interruption de mon sommeil me permit de l’admirer, juste en face de moi. Quel bonheur. Puis, le marchand de sable s’étant éloigné et le froid me saisissant, je me réveillai finalement pour l’admirer une troisième fois, juste avant qu’elle ne disparaisse derrière la maison. C’est ainsi que je regagnai le lit conjugal en délaissant cependant … mon oreiller !
Qu’il me fut agréable de retrouver l’être aimé et le confort du lit, avec, bien évidemment, la promesse de … recommencer. Car des moments comme celui-là ne s’oublient pas.
Merci Madame la Lune.
9 août 2025